Tribune par Alexandra Humbel Origet, Présidente de Féminin Pluriel Global, en qualité de représentante de près de 600 femmes dirigeantes, cadres et femmes d’influence dans le monde. 

 

Alors que s’étire la quatrième semaine de confinement, derrière les fenêtres closes de nos voisins, un drame est peut-être en train de se produire.

Le quotidien des victimes de violences domestiques, fait d’alternance entre les moments de tension et les moments de répit, a explosé le 17 mars.

 

Depuis bientôt quatre semaines les victimes sont livrées à leurs bourreaux, 24h sur 24, 7 jours sur 7. Le nombre d’appels aux numéros d’urgence dédiés sont en forte baisse. Les victimes ne peuvent simplement plus appeler.

Les personnes violentes n’utilisent pas les usuels recours existants pour se calmer ou demander de l’aide. Livrées à elles-mêmes, elles sont en situation de passer à l’acte, sans filtre, dans l’exaspération du confinement, qui bien entendu ne constitue pas dans une excuse.

Madame la Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, Marlène Schiappa, annonçait le 2 avril au JDD une “multiplication par 5 sur les deux dernières semaines des signalements sur la plateforme gouvernementale”.

Des soignants signalent des cas de défenestrations d’enfants qui ne sont pas des accidents.

Comment peut-on rester indifférent, quand les enfants paient le prix fort de cette situation?

Les enfants, victimes ou témoins, parfois les deux, sont en première ligne. Le COVID 19, heureusement, n’est pas une menace pour eux. Le confinement en milieu toxique en est une.

 

Les lanceurs d’alerte ont fait leur travail. On assiste à une mobilisation sur les réseaux sociaux. Des articles de presse ont révélé l’existence de ce fléau. Madame Schiappa a annoncé le 31 mars des mesures fortes, comme le déblocage d’un million d’euros pour financer des nuitées d’hôtel, la mise en place d’une ligne d’écoute supplémentaire pour les victimes et d’une ligne spécifique pour les personnes violentes.

 

Nous demandons dès à présent aux autorités de prendre la mesure du problème et de le placer au niveau de gravité et d’urgence requis par la situation :

 

Communication massive et systématique par tous les canaux utilisés pour les mesures de prévention liés à la lutte contre le COVID-19: Affichage, messages radio et TV, sites d’information officiels COVID-19. Le sujet est indissociable du confinement. Le message, largement répandu et porté par nos autorités, donnera aux victimes de l’espoir et le courage de se signaler. Il indiquera aux bourreaux que la violence familiale n’est pas acceptable, ni maintenant, ni jamais, et que toute la société est attentive aux comportements déviants.

 

Intensification immédiate des relais de signalement, afin que les victimes puissent se faire connaître discrètement et efficacement. Les pharmaciens sont déjà sensibilisés, et le code “masque 19” utilisé pour appeler au secours a fait ses preuves. Des centres commerciaux et les grandes surfaces sont en test, une vingtaine actuellement, ce qui est insuffisant. Ils doivent être à l’écoute des messages d’alerte et assumer leur rôle de signalement. Comment est projetée la généralisation pour les lieux de distribution alimentaires de toute taille dans les environnements urbain et rural ?

 

Sensibilisation des écoutants sur les hotlines COVID-19, numéros d’urgence médicales, médecins de ville et pédiatres: Une personne sous emprise ne peut pas forcément appeler la ligne dédiée aux violences domestiques, mais peut appeler un médecin, sous prétexte d’un avis médical. Ces appels au secours détournés doivent être entendus des soignants et écoutants, et promptement relayés.

 

En appeler à la responsabilité des citoyens. S’appuyer en ce sens sur l’ensemble des réseaux, associations et collectifs !

Habituellement, les enseignants, les médecins, les travailleurs sociaux, peuvent repérer les signes inquiétants, blessures, absences, comportements alarmants, et donner l’alerte. Aujourd’hui ils sont mobilisés pour lutter contre la pandémie, et moins en capacité de jouer leur rôle. La vigilance de la famille, des amis, des collègues et des voisins en devient d’autant plus importante.  Lorsque l’on décide de signaler une situation de violence, on ne “dénonce” personne, on annonce des faits qui inquiètent. C’est la police qui prendra le relai et évaluera les actions à prendre.

 

Les clubs de notre fédération internationale se mobilisent partout en France, en Italie, en Suisse, au Luxembourg et en Allemagne :

  • Féminin Pluriel Rome a obtenu du Ministère de l’Intérieur la garantie que le partenaire violent soit dans l’obligation de quitter le domicile, et non l’inverse ;
  • Féminin Pluriel Hauts-de France se bat sur le terrain notamment pour apporter une aide légale gratuite et immédiate et a adressé un manifeste à 380 décideurs politiques et économiques de la région ;
  • Féminin Pluriel Genève soutient les professionnels de santé qui ont donné l’alerte pour peser sur les autorités et inciter les citoyens à la vigilance ;

Les autres clubs s’organisent dans leurs périmètres géographiques respectifs.

 

Nous refusons que les victimes de violences familiales soient les victimes collatérales du COVID-19.

Nous interpellons les autorités pour intensifier les dispositifs d’aide aux victimes et pour prendre, en cas de violence avérées, des mesures d’éloignement fermes qui peuvent sauver des vies.

Nous en appelons à nos concitoyens pour être à l’écoute des violences dont ils soupçonnent l’existence, et à signaler plutôt que de se taire !

Le problème des violences domestiques doit sortir du sujet “Egalité Femmes-Hommes” et devenir un problème de santé publique.  

Rappelons que les enfants sont en danger immédiat et à long terme, car les séquelles laissées par les violence subies, directement ou comme témoin, sont très graves.  C’est une urgence sociétale qui nous engage aujourd’hui. 

Féminin Pluriel, association française à but non-lucratif depuis 1992 enregistrée sous la référence W751105325,  est un réseau fédéral international de femmes constitué d’une fédération, Féminin Pluriel Global, et de représentations notamment  à Paris et sur 5 régions métropolitaines, Amsterdam, Londres, Rome, Madrid, Genève, Bruxelles, Luxembourg, Hamburg et Zürich, avec un plan de déploiement sur l’Afrique, le Moyen Orient et l’Amérique du Nord.

Le dénominateur commun est de partager des valeurs : Autonomie, Confiance et Solidarité et de mener ainsi des actions isolées et collectives impactantes, créer des échanges enrichissants et constructifs, et valoriser des synergies interdisciplinaires et complémentaires.

 

ENGLISH VERSION

 

4th week of confinement and domestic violence: the other health emergency

Children are on the front line

Tribune by Alexandra Humbel Origet, President of Féminin Pluriel Global, as representative of nearly 600 women leaders, executives and women of influence around the world.

 

As the fourth week of confinement stretches, behind the closed windows of our neighbors, a drama may be

happening.

The daily lives of victims of domestic violence, alternating between moments of tension and moments of respite, exploded on March 17.

 

For almost four weeks, the victims have been delivered to their torturers, 24 hours a day, 7 days a week. The number of calls to dedicated emergency numbers has dropped sharply. Victims can simply no longer call.

Abusive people do not use the usual remedies to calm down or ask for help. Left to their own devices, they are in a position to act, without a filter, in the exasperation of confinement, which of course does not constitute an excuse.

Madam Secretary of State for Equality between Women and Men, Marlène Schiappa, announced on April 2 in the JDD a “multiplication by 5 over the last two weeks of reports on the government platform”.

Caregivers report cases of child defenestrations that are not accidents.

How can we remain indifferent when children pay the high price for this situation?

Children, victims or witnesses, sometimes both, are on the front line. COVID 19, fortunately, is not a threat to them. Containment in a toxic environment is one of them.

 

Whistleblowers have done their job. We are witnessing a mobilization on social networks. Press articles have revealed the existence of this scourge. Mrs. Schiappa announced strong measures on March 31, such as the release of one million euros to finance hotel nights, the establishment of an additional hotline for victims and a specific hotline for persons at risk of perpetrating acts of violence.

 

We are now asking the authorities to take the measure of the problem and place it at the level of severity and urgency required by the situation:

 

– Massive and systematic communication through all channels used for preventive measures related to the fight against COVID-19: Posting, radio and TV messages, official COVID-19 information sites. The subject is inseparable from confinement. The message, widely spread and carried by our authorities, will give victims hope and the courage to report. Itwill tell the executioners that family violence is not acceptable, now or never, and that all of society is attentive to deviant behavior.

 

– Immediate intensification of reporting relays, so that victims can make themselves known discreetly and effectively. Pharmacists are already aware, and the “mask 19” code used to call for help has proven its worth. Shopping centers and supermarkets are being tested, around twenty currently, which is insufficient. Employees must listen to distress messages and assume their reporting role. How is generalization planned for food distribution places of all sizes in urban and rural environments?

 

– Awareness of listeners on COVID-19 hotlines, medical emergency numbers, city doctors and pediatricians: A person under hold cannot necessarily call the line dedicated to domestic violence, but can call a doctor, with the excuse of a medical advice request. These undirect calls for help must be heard by health professionals and listeners, and promptly relayed.

 

– Appeal to the responsibility of citizens. Rely on all networks, associations and field organizations! Usually teachers, doctors, social workers, can spot signs like injuries, absences, unusual behaviors, and raise the alarm. Today they are mobilized to fight against the pandemic, and less able to play their role. The vigilance of family, friends, colleagues and neighbors becomes all the more important. When we decide to report a situation of violence, we do not “denounce” anyone, we announce facts that worry us. The police will take over and assess the actions to be taken.

 

The clubs of our international federation are mobilized everywhere in France, Italy, Switzerland, Luxembourg and Germany:

– Féminin Pluriel Rome has obtained from the Ministry of the Interior the guarantee that the abusive partner is obliged to leave the home, and not vice versa;

– Féminin Pluriel Hauts-de France is fighting on the ground to provide free and immediate legal aid and has sent a manifesto to 380 political and economic decision-makers in the region;

– Féminin Pluriel Genève supports health professionals who have raised the alarm to weigh on the authorities and encourage citizens to be vigilant

The other clubs are organized within their respective geographic perimeters.

 

We refuse to let victims of family violence be the collateral victims of COVID-19.

 

We call on the authorities to step up assistance measures for the victims and to take, in the event of proven violence, restraining orders which can save lives.

 

We call on our fellow citizens to listen to report the violence they suspect rather than remaining silent!

 

The problem of domestic violence must go beyond the subject “Gender equality” and become a public health problem.

 

Remember that children are in immediate and long-term danger, because the consequences left by violence suffered, directly or as a witness, are very serious. It is a societal emergency that engages us today.

 

Féminin Pluriel, French non-profit association since 1992 registered under the reference W751105325, is an international federal network of women made up of a federation, Féminin Pluriel Global, and of representations in particular in Paris and in 5 metropolitan regions, Amsterdam, London, Rome, Madrid, Geneva, Brussels, Luxembourg, Hamburg, and Zürich, with a deployment plan for Africa, the Middle East, and North America. The common denominator is to share values: Autonomy, Trust and Solidarity and thus to carry out local and collective impactful actions, create high-value exchanges, and develop interdisciplinary synergies.