L’idée d’un quota de femmes à la tête des entreprises progresse
LE MONDE | 08.07.09 | 11h45
Faut-il imposer des quotas de femmes dans les conseils d'administration des entreprises ? C'est ce
que propose Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, dans un rapport sur
l'égalité professionnelle qu'elle devait remettre, mercredi 8 juillet, au ministre du travail, Xavier
Darcos. "Faire entrer les femmes dans les instances de décision se justifie simplement parce qu'elles
sont présentes, bien formées, prêtes à s'investir et que les compétences n'ont pas de sexe", soulignet-
elle.
En mars, le gouvernement lui avait demandé de préparer la concertation sur l'égalité
professionnelle que Nicolas Sarkozy a promise pour l'automne. Pour briser le "plafond de verre" qui
empêche les femmes d'accéder aux responsabilités, elle propose d'imposer 40% de femmes dans les
conseils d'administration et de surveillance des entreprises publiques et des sociétés cotées en
Bourse. Il faut, écrit-elle, "casser une logique de recrutement quasi exclusivement masculine, qui ne
varie pas au cours du temps".
Actuellement, les femmes sont sous-représentées dans les instances dirigeantes des entreprises: en
2009, les conseils d'administration du CAC 40 comptaient seulement 10,5% de femmes. Lorsque l'on
prend en compte les 500 premières sociétés françaises, la part des femmes tombe à 8%: 60% de ces
entreprises sont dirigées par un conseil d'administration exclusivement masculin. Il y a actuellement
une "invisibilité des femmes dans les instances de décision", conclut le rapport.
Brigitte Grésy propose donc de s'inspirer du modèle norvégien. Dénonçant l'existence d'un "club
d'hommes" à la tête des entreprises norvégiennes, le gouvernement a imposé des quotas dans les
conseils d'administration: les entreprises publiques (en 2004) et les sociétés cotées (en 2006) ont été
priées d'accueillir 40% de femmes dans leurs instances dirigeantes. Les résultats ont été atteints sans
difficultés: les pouvoirs publics n'ont même pas eu besoin d'utiliser la dissolution, la lourde sanction
prévue par la loi.
Pour Brigitte Grésy, il est temps d'appliquer ce système à la France. "Les entretiens menés par la
mission ont permis de constater une évolution sensible de l'opinion des responsables, y compris
dans les milieux patronaux, souligne-t-elle. Le conseil d'administration de l'Institut français des
administrateurs a ainsi voté en mars 2009 une résolution favorable à l'instauration d'actions
positives par le législateur." Les quotas seraient d'autant plus opportuns, selon elle, que la
féminisation des instances dirigeantes stagne depuis plusieurs années.
D'ici à six ans, Brigitte Grésy propose donc d'imposer 40% de femmes dans les conseils
d'administration et de surveillance des entreprises publiques et des sociétés dont les titres financiers
sont admis aux négociations sur un marché réglementé. Seules les sociétés comptant plus de 1000
salariés seraient concernées, ce qui représenterait environ 700 entreprises. Pour qu'elles
commencent dès aujourd'hui à recruter des femmes, une première échéance, à deux ans, leur
imposerait 20% de femmes. En cas de non-respect de ces obligations, les nominations faites au
mépris de la mixité seraient annulées.
Cette proposition s'inspire du modèle de la parité politique inscrit dans la Constitution en 1999:
depuis lors, la loi oblige les partis, lors de certains scrutins, à prévoir une alternance hommesfemmes
sur les listes de candidats. Pendant une petite décennie, cette contrainte a été réservée au
seul monde politique mais la réforme constitutionnelle de l'été 2008 a autorisé le législateur à
l'imposer à la sphère économique: "La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux
responsabilités professionnelles et sociales", note désormais la Constitution.
La proposition de Brigitte Grésy sera sûrement soutenue par la rapporteure de l'Observatoire de la
parité: en mars, la députée (UMP) Marie-Jo Zimmermann, qui est à l'origine de la réforme
constitutionnelle sur la parité économique et sociale, avait déposé une proposition de loi allant dans
le même sens. Le Medef, en revanche, sera sans doute partagé, même si sa présidente, Laurence
Parisot, s'est déjà déclarée favorable à l'instauration de quotas.
Pour Tita Zeitoun, commissaire aux comptes et présidente d'Action de femmes, une association
fondée en 1997 afin de féminiser les conseils d'administration, la proposition de Brigitte Grésy est une
bonne nouvelle. "L'objectif de 40% peut servir de marchepied à beaucoup de femmes, estime-t-elle.
Il y a un vivier de dirigeantes qui ont les compétences nécessaires, mais les hommes étaient là
avant elles et ils ne veulent pas céder leur place. Il est pourtant dommage de se priver de 50% des
talents humains!".
Anne Chemin
Article paru dans l'édition du 09.07.09
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